Le blues de la reine

(Mr Mots)

 

Je regarde passer le fleuve
Un dimanche en solitaire
Au gré du vent, une épreuve
Un tour du monde en prière

Un tour en bas dans la plaine
Bien à l’abri maintenant
Je vis la vie d’une Reine
De celles que j’enviais avant

Je regarde passer les scènes
Virtualité augmentée
Est-ce moi la moins obscène
Pas sûr en réalité

Otage d’un rôle que je mène
Jamais je n’aurais cru oser
Et je vends des phénomènes
À m’en donner la nausée

Je regarde passer le fleuve
Un dimanche en solitaire
Au gré du vent, une épreuve
Un tour du monde en prière

J’ai perdu tout mon émoi
J’ai rendu toute ma bile
Tout le monde se voudrait moi
Je l’ai entendu en ville

Si vous saviez c’que j’me dégoute
Dans cette vie de reflets
Si vous saviez ce qu’il m’en coûte
De produire un tel effet

J’ai prié, juré, cravaché
J’ai maigri, maigri, maigri
J’ai fini par coucher
J’ai tout fait comme on m’avait dit

J’ai subi sans le savoir
Tellement je le voulais
Tellement je voulais me voir
La reine du défilé

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Le blues de la reine

En passant

Je passerai te voir

(Mr Mots)

 

Je passerai te voir
Quand tu seras prête
Vers cinq heures ce soir
À la maison de retraite

Je t’apporterai des fleurs
Qui sentent le futur
Pour ton plus grand bonheur
Je prierai pour qu’elles durent

J’appellerai mon père
Pour qu’il vienne avec moi
On sait jamais, j’espère,
Bien qu’il ne viendra pas

Qu’il pense à le faire
Juste une fois pour toi
On sait jamais, grand-mère
Avec mon papa

Je passerai te voir
En partant à ma fête
Vers cinq heures ce soir
Après mes emplettes

J’dois acheter un costume
Qui sent le bon parti
Qui me donne du volume
C’est pas gagné pardi

Mais je suis plein d’enthousiasme
Parce qu’elle sera là
Et je rêve, je fantasme
Qu’elle te plaira

On sait jamais, j’espère
Bien que je t’connaisse
On sait jamais, grand-mère
Avec les princesses

Je passerai te voir
Mais j’pourrais pas rester
À six heures ce soir
Je dois me marier

Ensuite je serai père
À mon tour je vivrai
Tu diras que tu m’ perds
Et on fera que s’crier

Puis les fleurs faneront
Dans un matin d’automne
À l’orée d’la saison
Où se rachètent les hommes

On aura de la peine
Et tout ce temps gâché
Cette vie qui s’égrenne
Qui fait ma fleur séchée.

Puis je passerai te voir
Dans ta dernière impasse
L’écho des aurevoirs
Au parfum dégueulasse

Mon ombre sur ta pierre
Et ta voix dans ma tête
Dieu que tu étais fière
Quand j’étais ta marionnette

Je passerai te voir

En passant

Des rubans infinis

(Mr Mots)

 

Des rubans infinis s’étalent sous nos yeux

C’est un bitume blanc que je vois aujourd’hui

Des surprises sans doute sur la route des cieux

Et qui sans s’annoncer ont cogné à mon hui

Des rubans infinis recueillent tous tes poèmes

Sans jamais regarder l’effort que tu as fourni

Car ce n’est pas la forme ni davantage le thème

Mais bien ton intention dont tu les a garnis

 

Des rubans infinis mesure nos vies

Ils sont fatalités ou plutôt vaste choix

Ils sont ce que nous sommes, tant qu’on en a envie

Ils déroulent et jamais rien ne les déçoit

 

Et d’ailleurs c’est bien ça qui fait continuer

Qui permet à l’écrit de sans cesse grandir

Aux idées, aux déboires, et aux mots de muer

Le point final n’a plus de menaces à brandir

 

Des rubans infinis comme source d’espoir

C’est un peu la conscience des progrès qu’on peut faire

Malgré les échéances, les deadlines, les grands soirs

Les rubans infinis, infiniment se plaire.

Des rubans infinis

En passant

De partout au parterre

(Mr Mots)

J’ai écrit parterre, la guerre doit s’arrêter
De partout les cimetières semblent prospecter
Ici les nouveaux champs, par ici les gisements,
Dividendes et bénéfices, l’économie du vice.

J’ai écrit parterre, je n’ai pas de pays
De partout les frontières entravent la vie
Ici c’est le sang, gelé en-dedans
Déraciné, off-shore, droit du sol réticent

J’ai écrit parterre, je n’ai pas le temps
De partout des critères mais les miens passent avant
Être un bon petit, être un bon parti,
J’ai aussi des problèmes dont je parle à mon psy

J’ai écrit parterre, d’ici jusqu’au ciel
De partout des prières comme des marelles
Mais j’ai pas le bon caillou, ou la bonne face après tout
Que sait-on des critères, nous, les privés de tout

On écrit parterre des louanges à Notre-Père
Mais qui-que-quoi qu’on en dise, personne n’en a rien à faire
De partout ça s’esseule, c’est chacun pour sa gueule,
De partout au parterre et chacun son linceul.

De partout au parterre

En passant

Bonheur non conventionnel

(Mr Mots)

“Je pense à vous et vous admire”

À ces mots tombant des étoiles

Il rougit, il se sent vivre

Dans sa voix les mots s’emmêlent

 

Et toutes les douleurs qu’il supporte

Les soumissions irrationnelles

Les peurs cachées derrière les portes

Il s’avance et il respire

“Je pense à vous et vous admire”

Ces quelques mots joliment là

Sans ratures et sans prévenir

Surpris quand on s’y attend pas

Et toutes les douleurs qu’il supporte

Et tous ces moments sans mots dire

Il s’est cru seul derrière la porte

Il s’était préparé au pire

 

“Je pense à vous et vous admire”

On dirait comme une épitaphe

Est-ce à moi qu’on souhaite l’écrire

Est-ce un marbre paragraphe

 

Et tous ces silences d’antan

Tous ces visages invisibles

Bourse au chagrin pénitent

Qu’ai-je fais pour un tel mérite

“Je pense à vous et vous admire”

Nulle autre personne que moi

Se sentirait pousser des ailes

Et l’accrocherait aux étoiles

Mais dans sa voix les mots s’emmêlent

N’était pas préparé à ça

Un bonheur non conventionnel

Est un caprice

Dont on souffre pas.

Bonheur non conventionnel

En passant

A l’orée des beaux jours

(Mr Mots)

 

A l’orée des beaux jours,

Comme d’un matin d’été,

C’est calme et tout autour

Le calme semble doré

J’ai la trouille des grands jours

La tête parasitée

Mon cœur joue du tambour

La vie me semble comptée

Et si j’appelle au secours

Tout s’efface et se distrait,

Alors laisser libre cours

A tout ce qui te semblerait

Essence, Je & chandelle

Tu es sans moi, je chancelle

Laissons le feu, les sons, les perles

Les jeux pour nous, mes pas sans elle.

Au matin du grand soir,

Rien n’avait jamais été,

Je ne pouvais pas savoir

Rien ne serait plus compté

Être à tes côtés, m’asseoir

Fidèle à l’oisiveté

Siffler un air au hasard

Ouais…

Et si j’appelle au secours

Tout s’efface et se distrait

Alors laisser libre cours

A tout ce qui te semblerait

Essence, Je & chandelle

Tu es sans moi, je chancelle

Laissons le feu, les sons, les perles

Les jeux pour nous, mes pas sans elle.

A l’orée des beaux jours

En passant

Vielle chanson du jeune temps

(V. Hugo)

Je ne songeais pas à Rose

Rose au bois vint à avec moi

Nous parlions de quelque chose

Mais je ne sais plus de quoi.

J’étais froid comme les marbres

Je marchais à pas distraits

Je parlais des fleurs, des arbres

Son œil semblait dire : Après ?…

La rosée offrait ses perles

Les taillis ses parasols

J’allais, j’écoutais les merles

Et Rose les rossignols

Moi, seize ans, et l’air morose

Elle, vingt, ses yeux brillaient

Les rossignols chantaient Rose

Et les merles me sifflaient.

Rose, droite sur ses hanches,

Leva son beau bras tremblant

Pour prendre une mûre aux branches

Je ne vis pas son bras blanc

Une eau courrait, fraîche et creuse

Sur les mousses de velours,

Et la nature amoureuse

Dormait dans les grands bois sourds

Rose défit sa chaussure

Et mit, d’un air ingénu,

Son petit pied dans l’eau pure,

Je ne vis pas son pied nu

Je ne savais que lui dire

Je la suivais dans le bois

La voyant parfois sourire

Et soupirer quelquefois

Je ne vis qu’elle était belle

Qu’en sortant des grands bois sourds

– Soit ; n’y pensons plus ! Dit-elle

Depuis j’y pense toujours.

Vieille chanson du jeune temps

En passant